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Vincent Brousse : Baïonnette au crayon

conference 14 18 02Face à une quarantaine de Terrassonnais, à la Médiathèque Simone Veil, l’historien Vincent Brousse a présenté la caricature de presse durant la Grande Guerre. Un regard inédit et passionnant sur un aspect méconnu mais qui a eu une place importante durant tout le conflit.

Dans le cadre des commémorations de la fin de la Grande Guerre, à l’initiative de la Ville de Terrasson-Lavilledieu, ce vendredi 19 octobre, à 20 heures 30, la médiathèque Simone Veil recevait l’historien Vincent Brousse. Une conférence gratuite et originale. Celle-ci portait sur le très sensible sujet du dessin et de la caricature de presse entre 1914 et 1918. L’assemblée était studieuse et attentive. L’orateur concis, vivant et développant la diversité des expressions, le contexte de l’époque, les journaux et dessinateurs. Il s’est attardé sur le phénomène de la censure. « Il faut comprendre, explique le conférencier, qu’au début de la guerre la photo est encore rare, le cinéma n’apparaîtra qu’au cours de l’année 1915, la caricature et le dessin de presse dominent l’information visuelle. » Une caricature qui écarte la notion de mort et tourne en dérision l’ennemi par une animalisation de son sujet.

L’animalisation de l’ennemi

Certains dessinateurs combattent et peuvent porter un regard de l'intérieur. C'est le cas de Du Kercy parti au front en décembre 1914, et du Périgordin Georges Goursat dit "Sem", correspondant pour " Le Journal" qui apporte cependant un témoignage un peu convenu sur la vie au front. Comme le remarque le conférencier, qui a beaucoup étudié l'iconographie de cette période, «  la guerre n'est jamais montrée dans Le Petit Journal. A partir de septembre 14, après la première bataille de la Marne, on assiste dans les deux camps à  une animalisation de l'adversaire qui tend, soit à le diaboliser, comme cette Une qui le représente comme un monstre assoiffé de sang, ou celle du 4 octobre 14 sous-titrée "L'Empereur des Vandales", soit à le tourner en dérision, comme cette armée de cochons roses , de mangeurs de choucroutes, figurant l'armée allemande marchant triomphalement vers Paris.»

Le cannibale de Kladderadatsch

brousse vincent beauregard mars18 thumb medium350 Autour de  Verdun, de  février à décembre 1916,  entre le "ils ne passeront pas", devenu un symbole fort de la défense du sol national et le tragique ensevelissement des soldats du 137 ème régiment d'infanterie au nord de Verdun près de la ferme de Thiaumont, surgit une mythologie nouvelle: "le mythe de la tranchée des baïonnettes". Bien que les combats aient fait presque autant de morts  des deux côtés, Verdun n'a jamais eu pour les allemands la même importance emblématique. C'est en France un tournant majeur qui a fait connaître la vie des tranchées et du front par les bouleversants dessins de certains poilus, et donné place à la représentation des blessés et des morts. Mais la communication de Vincent Brousse était si riche que nous ne saurions tout en restituer ici... Vincent Brousse s’est attaché à la caricature allemande : «  Ainsi, le 23 juillet 2016, ce dessin du journal satirique allemand "Kladderadatsch" signifiant en français "Patatras",équivalent  germanique  du journal Le Charivari, représentant après le carnage de la bataille de la Somme, un tirailleur sénégalais animé de soubresauts comme s'il dansait, un crâne en bandoulière. Ce dessin, signé de l'artiste germano-américain Arthur Johnson, ne montre pas un soldat, bien qu'il porte la culotte garance de l'uniforme régulier et un porte-épée à baïonnette, mais un cannibale. »

Cette conférence fut incontestablement un grand moment de découvertes, et les échanges entre les participants et le conférencier durèrent jusqu’à plus de 23 heures.